LES LIENS D'ATTACHEMENT
- elisabethguerin
- 23 janv.
- 7 min de lecture

Et si comprendre nos liens d'attachement permettait de mettre des mots sur ce que l'on ressent et transformait nos relations ?
Il y a des rencontres qui apaisent, d'autres qui bousculent et parfois, sans comprendre pourquoi, nos relations nous touchent profondément.
Derrière tout cela, il y a nos liens d'attachement, cette façon unique d'aimer et de se sentir aimé.
L'attachement est un mécanisme inconscient de régulation émotionnelle qui permet à une personne de se réguler auprès d'une autre.
C'est un système biologique et psychique qui s'active à chaque fois que nous cherchons de la sécurité, de la compréhension ou de la stabilité auprès de quelqu'un.
Ce système façonne notre manière de demander de l'aide, de gérer de la distance, d'interpréter la disponibilité de l'autre ou de tolérer la solitude.
Notre système d'attachement influence notre sécurité émotionnelle, nos réactions au stress et notre manière de créer des liens dès la naissance et tout au long de notre vie.
L'attachement est un lien affectif profond qui se forme entre deux personnes, au départ, souvent entre l'enfant et ses parents mais aussi entre des personnes qui nous ont porté assistance, qui ont fait autorité sur nous en nous posant des limites, posé des cadres au niveau social.
Ce lien va jouer un rôle clé dans notre manière de créer des relations tout au long de notre vie.
Chez un bébé, le cerveau est programmé pour chercher la proximité d'une figure protectrice parce que cette proximité le rassure (baisse du cortisol, hormone du stress), régule ses émotions (le coeur bat plus lentement, la respiration est apaisée) et ça renforce le lien par la libération d'ocytocine (hormone du lien social)
C'est un comportement adaptatif.
Comment se forme l'attachement ?
Entre 0 et 2 ans, l'enfant va identifier sa figure principe d'attachement (souvent la mère ou le père et parfois un autre proche).
Il va développer un modèle interne qui est comme une sorte de plan mental de ce qu'il peut attendre de l'autre et il va ajuster ses comportements, (pleurer, sourire, tendre les bras) selon les réponses qu'il a reçues.
Du coup, ces premières expériences créent une sorte d'empreinte émotionnelle qui vont influencer ses relations futures.
Il y a plusieurs formes d'attachement :
l'attachement sécure :
le parent répond de façon cohérente aux besoins de l'enfant et donc l'enfant apprend qu'on peut compter sur les autres et je suis digne d'amour.
A l'âge adulte, la personne se sentira à l'aise avec l'intimité et l'autonomie et il gèrera bien son stress relationnel.
L'attachement sécure permet d'avoir une bonne estime de soi et une bonne estime de l'autre, c'est un adulte capable de voir ce qu'il y a de bon et de mauvais chez lui et ce qu'il y a de bon et de mauvais chez l'autre ce qui lui permet de se relier ou de se délier facilement.
L'attachement évitant :
Le parent répond peu ou pas aux besoins émotionnels donc l'enfant apprend qu'il vaut mieux se débrouiller seul pour ne pas être déçu.
A l'âge adulte, ce sera une personne qui valorisera l'indépendance et évitera la vulnarébilité émotionnelle.
l'estime de soi sera plutôt polarisé sur le positif, la personne aura tendance à se trouver géniale et aura une estime des autres assez basse.
L'attachement désorganisé :
Le parent est à la fois source de réconfort et de peur (violence, négligences, comportements imprévisibles ).
l'enfant va apprendre qu'il veut être proche mais c'est dangereux.
il va développer une image négative de lui-même et aussi une image négative du monde.
il va penser que de manière autonome, il ne peut pas se réguler tout seul, qu'il ne peut pas se mettre en contact avec le monde parce que c'est pas régulateur et pas sécurisant.
A l'âge adulte, se sont des personnes qui auront des relations instables et des réactions contradictoires.
L'attachement dépendant (attachement anxieux)
Le parent est inconstant, parfois il est disponible et parfois pas.
L'enfant apprend alors que l'amour est incertain, qu'il faut le surveiller et le protéger.
Il y a un fond d'anxiété là dedans.
Ce sont des personnes qui ont un regard sur elles-mêmes plutôt négatif mais qui considèrent le reste du monde et l'autre dans la relation plutôt positivement.
Ce sont des personnes qui a l'âge adulte vont craindre l'abandon et vont rechercher beaucoup de réassurance.
A l'âge adulte, l'attachement va influencer :
les relations amoureuses (sécurité, jalousie, distance émotionnelle)
la façon de gérer les conflits (recherche de dialogue pour certains ou fuite pour d'autres)
la capacité de demander de l'aide ou à offrir du soutien
Quand un être humain est en détresse, c'est son système d'attachement qui s'active.
La bonne nouvelle, c'est que les modèles d'attachement ne sont pas figés, ils peuvent donc changer, par exemple, avec un travail thérapeutique, une personne peut passer d'un style d'attachement insécure à un style d'attachement sécure.
Ce système inscrit dans le corps, continue de se réorganiser au fil des expériences.
Chaque relation importante vient le renforcer, le fragiliser ou le transformer.
C'est ce qui explique que certaines relations apaisent et d'autres réactives des insécurités très anciennes.
Chez l'adulte, l'attachement ne se manifeste pas seulement par le besoin d'être aimée.e mais par le besoin d'une base de sécurité : une personne sur laquelle on peut s'appuyer qui permet la régulation émotionnelle et la reprise d'autonomie.
Lorsqu'une relation devient insécure, marquée par l'imprevisibilité, l'invalidation ou la peur, le système s'active et entraine de l'Hyper-vigilance, un retrait défensif, un évitement du contact.
Ces comportements traduisent une stratégie de protection apprise autrefois pour rester en lien malgré l'insécurité.
Dans les relations, il y a différents types d'attachement :
1/ L'attachement amoureux :
Dans une relation de couple, le système d'attachement est souvent au premier plan.
Le/la partenaire devient une figure de sécurité : sa disponibilité ou son absence influence directement la régulation émotionnelle.
Une dispute, une colère de l'autre, un silence, une séparation amoureuse temporaire peuvent réactiver les circuits neuro-biologiques du danger, libérant cortisol et adrénaline comme autrefois face à une figure parentale menaçante ou absente ou face à d'autres expériences relationnelles traumatiques.
les couples les plus stables ne sont pas ceux qui ne se disputent jamais mais ceux qui savent réparer (reconnaitre, restaurer la sécurité et rétablir la confiance).
le cerveau apprend alors que la proximité n'est plus synonyme de risque mais de réconfort.
2/ L'attachement amical :
Les amitiés profondes jouent un rôle souvent sous-estimé dans la régulation du système d'attachement.
Elles permettent de vivre une proximité plus stable, moins conditionnée par le désir ou la dépendance affective.
Un.e ami.e constant.e, capable d'écouter dans jugement, offre une forme de base sécure élargie, c'est à dire, un espace où l'on peut se déposer, se montrer vulnérable, être soi-même, puis repartir et maintenir le lien.
Sur le plan clinique, ces relations participent à ce qu'on appelle la sécurité acquise, c'est à dire, la capacité à développer un attachement plus stable grâce à des expériences relationnelles réparatrices à l'âge adulte.
3/ L'attachement familial :
Les liens familiaux réactivent les modèles d'attachement les plus anciens.
Ils sont souvent les plus ambivalents car ils abritent à la fois ce qui nous a blessé et ce qui nous a construit.
Dans le cas d'un attachement insécure, une remarque d'un parent, un silence, une parole, un désaccord entre frères et soeurs peuvent réveiller les mêmes affects de bonte , de peur ou d'impuissance qu'autrefois.
Ces réactions sont la réactivation d'un réseau émotionnel précoce.
le fait qu'un parent puisse reconnaitre ses failles, même des années plus tard, permet souvent de réorganiser le modèle interne.
Le travail thérapeutique consiste alors à différencier le passé du présent, identifier ce qui relève de l'histoire et ce qui appartient à la relation actuelle.
4/ L'attachement parental :
Devenir parent, c'est rejouer dans le corps les premiers scénarios du lien.
Chaque appel, chaque détresse du bébé sollicite les traces mnésiques de notre propre attachement.
Un parent insécure peut se sentir débordé, non par l'enfant lui-même mais par les émotions que cette dépendance réveille.
"Ce n'est pas la perfection qui construit la sécurité mais la réparation" Tronick
Revenir après un mal-entendu ou une dispute, reconnaitre la peur de l'enfant, ajuster son ton ou son regard ont bien plus d'impacts sur la construction de la sécurité interne que la recherche d'une disponibilité constante et irréprochable (qui n'est pas possible).
5/ L'attachement thérapeutique :
En psychologie, le lien devient une expérience réparatrice (à concition de trouver le.la bonne thérapeute)
Le.la thérapeute permet alors d'incarner temporairement une figure d'attachement stable, prévisible et on intrusive.
Ce cadre permet une réactions maitrisée des modèles antérieurs : les patients ressentent parfois malgré eux-mêmes, les mêmes attentes, peurs ou colères que dans ses liens précoces.
la différence ici tient à la constance : le thérapeute ne se venge pas, ne dispute pas, ne s'effondre pas et permet au patient d'expérimenter la sécurité relationnelle.
Et progressivement, cette expérience crée une mémoire nouvelle, celle d'un lien qui ne rompt pas face à la vulnérabilité.
En hypnose, les problématiques d'attachement sont accompagnées de façon progressive, sécurisante et respectueuse du rythme de la personne car elles touchent aux bases du lien, de la sécurité et de l'identité.
Il sera nécessaire de restaurer chez la personne un sentiment de sécurité interne, d'assouplir d'anciens modèles relationnels et de permettre de nouvelles expériences émotionnelles correctrices.
Comment l'hypnose permet de travailler sur les liens d'attachement ?
Tout d'abord, il est fondamental et indispensable qu'il y ait une relation de confiance entre le praticien et son/sa client.e.
L'hypnose ne cherche pas à "diagnostiquer" mais à repérer les stratégies relationnelles inconscientes :
Attachement anxieux (peur de l'abandon, hyper-vigilance)
Attachement évitant (mise à distance, autosuffisance défensive)
Attachement désorganisé (ambivalence, confusion, trauma relationnel)
L'objectif est de reconnaitre que ces stratégies sont des stratégies d'adaptation mises en place à un moment donné pour survivre.
Le praticien en hypnose modifiera l'état de conscience avec des inductions douces et permissives, il renforcera les ressources internes, créera un lieu sécure, travaillera sur la régulation émotionnelle avec de la respiration et des ancrages.
Sans sécurité intérieure, le travail sur l'attachement peut réactiver des insécurités.
Puis on travaillera la relation
Il sera nécessaire de travaille la relation à soi (l'attachement interne) car beaucoup de difficultés relationnelles sont liées à un attachement fragile à soi-même :
repérer le dialogue interne
développer une présence bienveillance envers soi-même
installer une figure interne soutenante (un soi adulte, un allié, un guide).
On travaillera avec des techniques comme: renforcement du moi, travail avec le moi adulte sécurisant, visualisation de soutien symbolique.
Puis quand la personne sera prête, on fera une régression sécurisée (âge, état ou symbolique pour apporter les ressources là où elles ont manquées.
On ne modifie pas le passé, on change la manière dont il est intégré.
On reprogrammera les modèles relationnels.
l'inconscient fonctionne avec des modèles, il faudra donc identifier les croyances implicites comme "je dois mériter l'amour", "m'attacher = danger" etc... pour introduire ensuite de nouvelles croyances.
Intégrer le corps : (attachement = expérience somatique)
travail sur les sensations de vide, de tension, d'alerte
hypnose corporelle et sensorielle
apaisement du système nerveux autonome.
Favoriser l'autonomie affective (sans couper le lien)
Le but n'est pas l'indépendance émotionnelle rigide mais la capacité à être en lien sans se perdre et la capacité à être seul.e sans se sentir abandonné.e
C'est souvent un travail progressif et long et il est nécessaire d'être Ok avec le fait que ça va prendre du temps.






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