Le Trauma, Trauma complexe et Trauma complexe développemental

Pour commencer il me semble important de définir ce qu'est un choc émotionnel, ce qu'est un trauma et dans quelles circonstances parle-t-on de trauma, de trauma complexe ou de trauma complexe développemental.
Un trauma est une expérience que le cerveau n'a pas réussi à digérer et la personne n'en est pas consciente.
Commençons par le choc émotionnel :
Un choc émotionnel est une réaction psychique et corporelle intense qui survient lorsqu'une personne est confrontée à un évènement qu'elle vit comme brutal, inatentu, menaçant ou profondément déstabilisant et que ses capacités d'adaptation sont momentanément dépassées.
Il ne s'agit pas nécessairement d'un évènement objectivement "grave".
c'est la manière dont l'évènement est vécu et perçu par la personne qui peut provoquer le choc.
Au moment du choc, le cerveau et le système nerveux peuvent passer en mode survie.
la personne peut ressentir :
une sidération, comme si elle était "coupée" de ce qui se passe
une impression d'irréalité ou de déconnexion
une peur intense, de la colère, de la tristesse, de la honte
des réactions physiques comme des tremblements, le coeur qui s'accélère, une boule dans la gorge, des nausées, des tensions
ou parfois au contraire, une absence d'émotion apparente, comme si tout était anesthésié.
Après l'évènement, le système nerveux peut rester en état d'alerte avec des pensées répétitives, de l'hypervigilance, des troubles du sommeil, un état d'anxiété, ou avoir des réactions disproportionnées face à des situations qui rappellent l'évènement.
Un choc émotionnel n'est pas forcément un traumatisme. Il peut être temporaire et progressivement, la personne peut l'intégrer, l'absorber, le digérer et au fil du temps, ce choc finit par s'éloigner de la conscience de l'individu et la personne finit par ne plus y penser.
Donc autrement dit, un choc émotionnel c'est lorsque quelque chose arrive brutalement ou touche si profondément une personne que, sur le moment, son système de protection prend le relais mais au fil du temps, l'évènement est digéré.
Mais lorsqu'un évènement dépasse les capacités d'adaptations et continue à produire des réactions importantes longtemps après, on peut alors parler de réaction traumatique, voire de trouble de stress post-traumatique selon les symptômes et leur durée.
Un trauma est un évènement unique qui arrive dans la vie d'une personne avec des informations perturbantes, choquantes et frappantes.
C'est une blessure psychologique qui peut apparaitre lorsqu'une personne est confrontée à un évènement unique qu'elle vit comme débordant ses capacités habituelles de protection, de compréhension ou d'adaptation.
Le point essentiel n'est pas uniquement l'évènement qui fait le trauma mais la manière dont le système nerveux et psychique l'a vécu et intégré.
Ce qui crée le trauma, c'est l'encodage émotionnel qui empêche d'intégrer l'évènement.
On a 3 éléments qui sont au coeur du processus traumatique :
Une intensité émotionnelle élevée
un sentiment d'impuissance (la personne est déstabilisée)
l'impossibilité de donner du sens à ce qui se passe, comme si la personne était déconnectée de ce qu'elle est en train de vivre.
Et quand ces 3 éléments sont réunis, le cerveau n'arrive pas à traiter l'expérience correctement et l'évènement ne devient pas un souvenir classique comme dans un choc émotionnel, il devient un trauma car il reste stocké de manière brute, fragmentée sous forme d'émotions, de sensations, d'images et il y a une affectation psychique.
Un trauma c'est une expérience que le cerveau n'a pas réussi à digérer et la personne n'en est pas consciente.
En d'autres termes, lorsqu'une expérience est trop intense, trop soudaine, trop répétée ou vécue comme sans possibilité de se sentir en sécurité; le cerveau peut ne pas parvenir à l'intégrer comme un souvenir terminé.
Une partie de la personne peut alors continuer à réagir comme si le danger était toujours présent même lorsque consciemment elle sait que l'évènement appartient au passé.
Cela peut se manifester par :
une hypervigilance ou un besoin de contrôle
des réactions émotionnelles très fortes`
de l'évitement
des sensations corporelles ou des douleurs associées à certains déclencheurs
des difficultés relationnelles, difficultés à faire confiance
des cauchemars ou des souvenirs intrusifs
une impression de déconnection ou d'engourdissement émotionnel
Il y a donc une distinction importante à faire:
Le choc émotionnel peut s'apaiser progressivement alors que le trauma correspond davantage à la trace laissée par l'expérience lorsque celle-ci n'a pas été complètement intégrée.
Un trauma peut donc persister longtemps après que l'évènement ait eu lieu.
Le trauma c'est pas seulement ce qui nous est arrivé.
C'est ce que notre système nerveux a dû faire pour survivre à ce qui nous est arrivé afin de nous protéger.
Et parfois, longtemps après que le danger ait disparu, le corps et l'inconscient continuent de fonctionner comme si le danger était encore présent, avec les mêmes protections.
On parle de trauma complexe quand un évènement n'est pas isolé et qu'il y a une répétition. Il s'agit d'une exposition répétée et prolongée dans un contexte où la personne ne peut pas fuire. On parle alors d'un environnement traumatique.
Par exemple, un militaire en opération exposé pendant plusieurs mois à des bombardements, à des personnes qui meurent, à des nuits sous tension, loin de sa famille avec la peur au ventre de mourir.
Ce n'est pas un évènement traumatique isolé, c'est une exposition répétée, prolongée sans récupération.
Il n'est pas nécessaire d'avoir vécu un évènement exceptionnel ou spectaculaire pour développer une réponse traumatique : des expériences répétées notamment durant l'enfance peuvent également laisser une empreinte profonde.
On parle alors de trauma complexe développemental.
Le trauma complexe développemental est une forme de traumatisme qui se construit dans la durée, généralement pendant l'enfance ou l'adolescence, lorsque l'enfant est exposé de façon répétée à des expériences qui menacent son sentiment de sécurité alors même qu'il dépend des adultes qui l'entourent pour être protégé, rassuré et aidé à réguler ses émotions.
Il ne s'agit donc pas d'un évènement unique, c'est souvent une accumulation de petites ou grandes expériences relationnelles comme par exemple des négligences affectives, du rejet, des humiliations, de la violence, de l'instabilité, le fait de vivre avec un parent imprévisible, de ressentir une absence de protection, de vivre au milieu de conflits répétés, dans un environnement violent, de vivre de l'abandon, de développer un attachement insécure...
C'est par exemple quand :
on grandit avec un parent imprévisible, colérique ou émotionnellement instable
quand on est fréquemment critiqué, humilié, rabaissé
quand on vit dans un climat de conflits, de tensions ou de violence conjugale
quand on est témoin de violences physiques ou psychologiques au sein de la famille
quand on se sent ignoré, rejeté, ou peu considéré dans ses besoins émotionnels
quand on a dû grandir trop vite en prenant soin d'un parent, de la friterie ou en portant des responsabilités d'adulte
quand on reçoit de l'amour de manière conditionnelle : "je t'aime seulement si tu réuisis ou si tu te comportes biens"
quand on est exposé à des séparations répétées, des abandons ou des ruptures affectives importantes
quand on grandit auprès d'un parent souffrant d'addictions, de troubles psychiques ou d'une maladie chronique qui limite sa disponibilité émotionnelle
quand on vit des déménagements, des changements d'école ou des pertes successives sans accompagnement émotionnel.
quand on subit du harcèlement scolaire de façon répétée
quand on est victime de violences physiques, psychologiques ou sexuelles
quand on évolue dans une famille ou les émotions sont niées, minimisées ou interdites avec des phrases comme "arrête de pleurer", "tu exagères", "sois fort"
quand on se sent différent, rejeté ou constamment incompris au sein de son environnement familial ou social
quand on grandit dans un climat d'insécurité matérielle ou affective chronique.
Prenons l'exemple d'un enfant qui grandit dans un environnement où le père est violent, qui a une mère absente émotionnellement car elle subit les violences du père, où les humiliations sont fréquentes.
A l'âge adulte, la personne risque probablement par exemple de ressentir de la honte, de développer des mécanismes dissociatifs pour se protéger, d'avoir des difficultés relationnelles, d'avoir des comportements d'auto-sabotage...
Et ceci c'est pas un souvenir traumatique, c'est une organisation psychique construite sous contrainte.
Alors Pourquoi "développemental"?
Parce que ces expériences surviennent pendant que le cerveau, le système nerveux, l'identité et la capacité à construire des relations sont encore en développement.
L'enfant ne possède pas encore les ressources d'un adulte pour se dire
"Ce qui se passe autour de moi ne définit pas qui je suis"
Il peut au contraire en tirer des conclusions sur lui-même et penser :
Je ne suis pas important
Je dois être sage pour être aimé
Je ne peux compter que sur moi
Mes émotions dérangent
Si je fais confiance je vais être abandonné.e
Je dois tout contrôler pour être en sécurité
Ces croyances ne sont pas conscientes. Elles sont des mécanismes de protection appris très tôt.
Et à l'âge adulte, la personne peut avoir parfaitement conscience que son enfance est derrière elle, tout en continuant à réagir avec des stratégies qui autrefois été utiles mais qui lui créent de véritables freins dans sa vie actuelle comme par exemple :
En étant hypercontrôlant.e : car "si je maitrise tout, je ne serai plus surpris"
En étant hypervigilant.e : car "je dois constamment anticiper le danger"
En développant de la dépendance affective : car "si l'autre s'éloigne, je risque de perdre la sécurité"
En évitant les relations : car "si je ne m'attache pas, je ne souffrirai pas."
En se suradaptant : car "pour être aimé.e, je dois répondre aux besoins des autres"
En ayant des difficultés à poser des limites : car "si je dis non, je risque d'être réjeté.e"
Ces défauts ne sont pas des défauts de personnalité, ce sont des anciennes stratégies de survie devenues inadaptées dans la vie adulte.
Et le corps lui aussi peut continuer de "se souvenir" car dans le trauma complexe développemental, les réactions ne sont pas uniquement cognitives.
Certaines situations relationnelles, certains mots, certaines attitudes ou certaines sensations peuvent réactiver automatiquement une réponse de défense comme de la fuite, de la lutte, de la sidération, de la soumission ou de l'hyperactivation.
Et la personne peut se demander: "pourquoi est-ce que je réagis comme ça alors que je sais que je ne suis plus un enfant?"
Parce que savoir avec sa tête que c'est terminé ne suffit pas toujours à convaincre les systèmes de protection qui se sont construits beaucoup plus tôt.
Dans le trauma complexe développemental, l'enfant n'a pas seulement vécu des évènements difficiles.
Il a appris à grandir dans un environnement où il n'a pas toujours pu se sentir en sécurité, compris, protégé ou reconnu.
Alors, il a développé des stratégies d'adaptation comme s'adapter, être aimé, éviter le danger ou garder le contrôle.
Ces adaptations ont souvent été nécessaire à l'époque mais une fois adulte, elles peuvent continuer à fonctionner alors que le contexte a changé.
Le travail thérapeutique ne consiste donc pas à lutter contre ces protections, mais à comprendre pourquoi elles sont apparues, à reconnaître ce qu'elles ont essayée de protéger et progressivement, permettre au système nerveux de découvrir qu'aujourd'hui il peut fonctionner autrement.
L'hypnose constitue un outil intéressant pour travailler sur certaines conséquences des traumas complexes développemental et favoriser un sentiment de sécurité intérieure.
Dans le trauma complexe développemental, certaines réactions se sont construites très tôt et souvent avant même que l'enfant ne puisse mettre des mots sur ce qu'il vivait.
le corps, les émotions et le système nerveux ont alors appris à se protéger :
anticiper, contrôler, se faire petit, se couper de ses émotions, plaire à tout le monde, se conformer, se méfier, s'accrocher, fuir....
A l'âge adulte, ces protections peuvent continuer à se déclencher automatiquement.
Et c'est là que l'hypnose peut avoir une place intéressante car l'état hypnotique permet de déplacer temporairement l'attention du mental analytique vers l'expérience intérieure : des sensations corporelles, des émotions, des images, des ressources, des perception et des apprentissages inconscients.
On peut alors travailler non seulement avec ce que la personne comprend intellectuellement mais aussi avec ce que le système de protection continue à vivre .
On va apaiser plutôt que revivre.
Dans l'accompagnement d'un trauma, l'objectif n'est pas de faire revivre l'évènement, au contraire, il est nécessaire de ne pas replonger inutilement dans les souvenirs traumatiques.
L'hypnose va permettre de commencer à installer des expériences nouvelles.
sécurité----->présence------>choix------>régulation------->confiance------->autonomie.
Et progressivement, la personne va expérimenter corporellement quelque chose que son système nerveux n'a probablement pas suffisamment connu :
Aujourd'hui, je suis ici, je ne suis plus là-bas.
On va également faire un travail avec les parts protectrices.
Avec l'hypnose, on va rentrer en relation avec ces mécanismes de protection avec beaucoup de douceur et de bienveillance, et on ne va pas chercher à vouloir supprimer l'hypercontrôle, l'hypervigilance ou l'évitement, on va les réguler en s'adressant à cette part qui a essayé de protéger la personne afin qu'elle baisse les armes, qu'elle éteigne l'alarme et qu'elle ouvre une nouvelle possibilité:
"Tu n'as plus besoin de faire exactement comme avant. Tu peux continuer à protéger mais autrement."
Et c'est particulièrement intéressant dans le trauma développemental parce que certaines protections ont été mises en place à une époque où l'enfant n'avait pas d'autres choix, mais maintenant l'adulte a le choix.
L'hypnose ouvre ainsi un autre chemin.
Le corps apprend alors qu'aujourd'hui il peut ralentir.
Le système nerveux peut relâcher l'alerte.
Il est possible de rencontrer autrement certaines émotions.
On va redonner une place aux besoins qui ont été longtemps mis de côté.
Et on va permettre aux anciennes protections de découvrir qu'elles peuvent elles aussi évoluer.
Parce qu'on ne demande pas à une ancienne partie de soi qui a passé des années à survivre de simplement "lâcher-prise", on lui apprend qu'elle peut enfin vivre autrement.
L'hypnose ne consiste pas à effacer le passé, elle peut aider à modifier la manière dont le passé continue de résonner dans le présent.
Et parfois, le véritable apaisement commence lorsque le corps comprend enfin ce que la tête savait déjà : Aujourd'hui, je suis en sécurité.
Lorsqu'il s'agit de blessures profondes ou de traumatismes, on ne peut pas "aller vite".
Certaines transformations demandent du temps, de la sécurité et un cheminement respectueux de ce que chacun est prêt à rencontrer et cela demande du temps, sans rien forcer, sans rien précipiter, en respectant chaque étape de votre évolution.
Parce qu'une transformation profonde ne se mesure pas à la vitesse à laquelle on avance, mais à la justesse du chemin parcouru.
Derrière chaque souffrance il y a une histoire.
Et derrière chaque histoire il y a une personne unique. Vous.
Alors votre accompagnement le sera tout autant.
Je prends le temps d'accueillir ce qui vous caractérise, d'écouter ce qui se joue au-delà des mots et d'adapter chaque séance à votre réalité, vos besoins et votre évolution.
Si vous ressentez le besoin d'être accompagné.e, je vous invite à ma contacter.
Votre cheminement commence ici.




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